poèsie en liberté

poèsie en liberté

Liberta et Lama

Texte écrit dans le cadre de l'atelier d'écriture "plumes dedans plumes dehors" sur le thème des coulisses de l'opéra Garnier

Un soir Liberta, petit fantôme orphelin de parents trop tôt défunts, croisa dans les coulisses de ce vieil opéra un beau Serge Lama qui lui parut bien las.

"Et toi, le gars, là-bas, mais d'où viens tu donc ?"

 

"Je reviens de Pigalle mais j'y ai retrouvé ma femme ... forcément c'est moins drôle quand on inverse les rôles".

 

"Allons, l'ami, laisse moi te réchauffer et suis mes pas. On va se faire un petit couplet qui va nous requinquer".

 

Le Serge a pas dit non, c'était pour la chanson.

 

Alors ils se sont élancés dans les dédales de loges mal rangées se noyant dans les tulles de tutus mis à nu. Puis se sont déguisés de rubans mal ficelés avant que d'atterrir, hébétés, les pieds bloqués par une barre mal fixée.

 

"T'inquiète" dit le fantôme," tu peux bien rester là. Le lieu regorge de belles pépettes à la cuisse bien ferme et tendrement légère. Tu vois, l'ami, tu seras mon maître et on jouera tous deux même les lundis".

 

"Quand elles ôtent le collant moi je claque des dents et qu'elles tombent le chignon alors je ne tourne plus rond. Sais-tu que quand il se fait tard, elles signent leur départ d'un bel et beau écart ? Et quand elles jettent leurs jambes toutes en cadences et lancent leurs chaussons dans un bel unisson, moi je vire au jaune citron. Elles tiennent la position en comptant jusqu'à cinq mais passé le chiffre deux je remercie le bon Dieu..."

 

"Minute" dit le Lama, "moi j'y ai cru quand même qu'on n'était pas ici que pour la plaisanterie. Après l'amour, tu sais, c'est parfois triste quand il n'y a pas de poursuite. Et ta belle liberté elle perd de sa beauté sans plus d'éternité".

 

"Non, moi je ne sais pas" rétorqua Liberta, "elle n'est peut être pas née celle que je devrais aimer. Elles sont bien trop nombreuses pour ne faire qu'une envieuse ou bien mon amoureuse est par trop silencieuse ..."

 

"Pas sûr" dit le Lama en jouant de ses dix doigts une mélodie en La sur le piano installé là. "Tu sais c'est toujours comme ça la première fois et puis un jour viendra tu ne verras plus qu'un bras à mettre sous tes draps".

 

"En attendant, si on allait se rincer les dents avec le fond de vodka qui est caché là-bas .... Viens voir toutes ses photos, elles ne sont que de dos mais c'est rien que du beau, à s'en rendre marteau ... Moi aussi, dans ma garçonnière, j'ai ma collection de derrières, et je fais pas de manières ...".

 

Puis Liberta glissa, glissa au bout d'une paire de pointes comme un vieil habitué à l'air mal résigné.

 

"Et ces petits pieds là ?" reprit le Lama, "Ils semblent faits pour toi ..."

 

"Ce sont ceux de Nina, la fille accrochée là et peut-être qu'un jour, oui, ils guideront mes pas".

 

"Mais, oui, bien sûr ..." murmura le Lama. "Moi, vois tu je suis malade mais d'aventures en aventures, je te le jure, ses premiers pas, on ne les oublie pas. Allez, je vais rentrer chez moi, j'ai un chat qui dort et une femme à aimer". "Mais, toi, ne te trompe pas, car moi, je le vois bien que ton dada à toi, c'est ce petit rat là".

 

 

 

 



23/04/2016
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