poèsie en liberté

poèsie en liberté

Peur

 

C’est bien malgré elle que les larmes ont commencé à envahir son visage. Assise à l’arrière de sa luxueuse voiture elle regarde la nuit s’installer sur les communes bordant l’autoroute du Sud. Dans quelques heures la journée s’achèvera.


Elle a toujours aimé les villes du Sud. Le Sud en général et le soleil en particulier. Les traits quelque peu chiffonnés de son visage attestent des longues heures passées sous son emprise aux heures les plus chaudes puis les plus douces.


Peut-elle seulement associer une date elle, sur le zénith de sa vie ? Elle est bien consciente aujourd’hui que les jours qui lui restent à vivre ne sont plus qu’un lent déclin vers l’occident, mais le choix d’une année pour définir ses heures de gloire lui parait impossible.


Peut-on être à la fois l’arroseur et l’arrosé, le photographe et le cliché, l’acteur et le spectateur de sa vie ? Non. Alors à quel moment peut-on discerner cet éclairage si particulier que doit donner le bonheur à son apogée ?


Et comment repérer les points culminants de toute une existence ? Certes il y a des périodes fastes comme on dit et d’autres plus sombres mais le summum, le faîte, le comble, peut-on seulement le relier à une image, une odeur, un lieu …


Fatiguée de ce questionnement non plébiscité, elle ferme les yeux et se laisse bercer par le bruit du moteur à la fois paisible et régulier. Mais c’est sans compter les nombreux signaux visuels qui viennent inonder son cerveau affaiblit.


Elle y retrouve pèle mêle le premier sourire de son fils, un soleil couchant sur la méditerranée, les doigts de sa mère sur le piano, le dos d’un amant, une côte de bœuf sortant de la braise, les grimaces de ses amies...


Est-ce pour autant significatif ? Pas sûr du tout et à quoi bon ? Et à quoi riment ces réflexions stupides. Pourquoi ce soir, pourquoi maintenant, pourquoi ce courant d’air soudain sur son bras, pourquoi cette raideur dans sa nuque ?


Les larmes se font plus nombreuses. Inutile désormais de chercher à les contenir. Elle desserre progressivement les lèvres pour goûter à leur sel, comme une toute petite gorgée d’eau de mer.


Elle se sent vieille le passé s'alourdit, sa vie s'achève. Elle a peur et pleure comme une enfant.


La nuit est tombée. Dans une petite heure elle aura rejoint son univers quotidien, son lit, son histoire même si cette dernière lui semble soudainement surannée. Et puis viendra le jour, un autre jour peut-être. Et dans le secret de sa vieillesse ces éternelles questions, cette indicible frayeur.

 

 



18/02/2016
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